Interview de Sylvie Bulot : la prise en compte des troubles alimentaires.

Souffrez-vous de troubles alimentaires ? Ou connaissez-vous des personnes qui en souffrent ?

Le fait est qu’il existe encore aujourd’hui une forme de tabou autour des troubles du comportement alimentaire. Pourtant, l’INSERM indique que 15 à 20% des personnes seraient concernées. Ne pas trop en parler n’empêche donc pas les gens d’en souffrir. Au contraire…

De quoi s’agit-il exactement ? Et que faire quand on en fait partie ? Autant de pistes de réponses que j’ai voulu recueillir auprès de Sylvie Bulot : la coach positive !

Mais d’abord, petit récap…

Les troubles alimentaires : de quoi parle-t-on ?

Durant mes études de psychologie, j’ai pu aborder les troubles alimentaires. Déjà, la première chose à savoir, c’est qu’il en existe une grande diversité. Les plus connus étant :

  • Anorexie ;
  • Boulimie ;
  • Hyperphagie.

Et encore, même ces troubles peuvent relever de formes plus complexes. Puisqu’on peut trouver une sous-catégorie « anorexie mentale », par exemple.

Si quelqu’un a envie de généraliser, qu’il passe sa route donc… Parce que non, tous les troubles alimentaires ne sont pas identiques. Et toutes les personnes qui en souffrent non plus…

Qui peut souffrir de troubles alimentaires ?

A première vue, c’est un peu le cas de 80% de la population (aucune donnée statistique ici, ça concerne juste beaucoup de monde). Vous en doutez ? Qui n’a jamais :

  • Pris un bon gros dessert alors que son estomac était déjà sur le point d’exploser ?
  • Fini un paquet de gâteaux ou de chips en un temps record ?
  • Grignoté par ennui ou pour se consoler ?

Notre rapport à la nourriture est souvent déformé. Parce que la nourriture nous apporte un rush de bien-être, qu’il permet de compenser deux-trois petites choses par ci, par là… Le problème, c’est quand :

  • La compulsion devient trop forte, irrépressible ;
  • Et qu’elle se transforme en souffrance physique et psychologique pour la personne…

Pourquoi parler de troubles alimentaires ?

Parce que les personnes qui souffrent de troubles alimentaires sont dissimulées par leur sentiment de honte et de mal-être. Et qu’il est primordial de leur montrer qu’elles ne sont pas seules et que des solutions existent !

Parce que les pressions exercées de façon abusive par la société ne concernent pas seulement la beauté ! Ils concernent également la santé, la façon de vivre, les choix personnels…

Sur mon blog, j’ai choisi de proner l’amour et la tolérance. Il était donc normal que je me penche sur cette question également !

Et qui de mieux placée pour en parler qu’une professionnelle spécialisée sur le sujet… ?

L’interview de Sylvie Bulot & son approche des troubles alimentaires

Pour ma toute première interview en live, j’ai eu le plaisir d’interroger Sylvie Bulot : la coach positive ! Spécialisée dans les troubles alimentaires, elle revient dans cette interview sur son travail, mais aussi sur son passé.

Pourquoi l’avoir choisie ? Parce que, outre son très grand professionnalisme et les retours des personnes qu’elle accompagne, Sylvie est la preuve vivante qu’il est possible de changer son étoile. De faire d’une épreuve, d’une souffrance, une force qui vous pousse toujours plus loin. Et parce que, si son témoignage peut permettre à ne serait-ce qu’une personne de prendre conscience de son potentiel, alors il n’y a pas à hésiter !


Blame-It-On-Eve (BIO-Eve) : Bonjour Sylvie Bulot ! Peux-tu expliquer aux lecteurs ce que tu fais exactement comme travail ?

Sylvie BULOT : A la base je suis formateur pour adulte, puis j’ai fais une formation de sophrologue. J’ai ouvert mon cabinet en tant que sophrologue et j’ai trouvé qu’il me manquait des choses… Je m’ennuyais un petit peu ! Donc je me suis offert une formation par an pendant 10 ans. C’est ce qui fait, en fait, que plus que de définir un métier, j’ai plutôt une boite à outil. Par contre, c’est vrai que pour communiquer on est obligé de mettre un métier, donc je marque sophrologue- coach en neuropsychologie positive… Ça réunit un petit peu tout ce que j’ai fais ! Et mon but c’est d’accompagner les gens à se sentir mieux, en gros.

Bio-EVE : Qu’est-ce qui t’a conduit à faire ce travail ?

Sylvie BULOT : C’est un chemin de vie ! Je ne me suis pas réveillée un jour comme ça… A 15 ans, je voulais être psychologue et on m’a dit « ben non t’es trop nulle en maths » ! Une belle croyance limitante sur laquelle je travaille encore… J’aimais beaucoup la couture mais ma prof de l’époque m’a dit « ben non t’es trop nulle t’arrêtes pas de casser les aiguilles ». Donc je me suis franchement traînée… Et j’en suis arrivée aux alentours de 38 ans à me dire que je ne pouvais plus continuer comme ça ! J’ai repris mes études suite à un bilan de compétences en passant un DU, un diplôme de formateur pour adultes. Et puis c’était pas ça… Du coup j’ai fais des formations pour arriver, en affinant, en m’appropriant aussi les outils, à venir offrir le maximum aux autres.

Bio-EVE : Peux-tu nous en dire un petit plus ?

Sylvie BULOT : En fait, je me suis formée, toujours avec l’étiquette sophrologue, mais en apportant beaucoup plus que juste de la sophrologie. En y amenant de la PNL, de l’analyse transactionnelle, psychologie positive… Aujourd’hui je me définis un peu plus comme coach ! J’ai commencé par accueillir tout le monde en sophro, puis je me suis rendue compte que je m’éteignais un peu. Parce que je me suis rendue compte que je voulais plus aider les femmes qui avaient des troubles alimentaires, petits ou gros. Pas trop l’anorexie, parce que ça c’est quelque chose que je ne me sens pas apte de gérer. Il faut aussi connaitre ses limites.

Bio-EVE : Quel est ton vécu personnel vis-à-vis des troubles alimentaires ?

Sylvie BULOT : Première crise à 7 ans. Première dont je me souvienne j’avais 7 ans. La dernière dont je me souvienne j’en avais 38. Une grosse prise de conscience vers 22-24 ans, avec un début de thérapie à 26 ans à peu près… Je sais plus bien les dates… Donc thérapie, j’ai fais de la Gestalt, j’ai fais de la PNL, j’ai vu des psychiatres de toutes sortes… Jusqu’au jour où je suis tombée sur les neurosciences. Et où, si tu veux, je n’avais plus de crise, mais je n’étais pas complètement alignée avec moi-même. Et donc j’ai découvert les neurosciences et là, en 3 mois, j’ai vraiment switché mon mindset, et là est vraiment née la coach positive.

Bio-EVE : Comment s’exprimaient les crises que tu traversais ?

Sylvie BULOT : C’était extrêmement violent ! Vraiment. Vraiment grosse boulimie. Je suis montée deux fois à 145 kg, j’ai mis un anneau, après j’ai fait un by-pass… Que je regrette, mais bon voilà ! Alors j’ai été fine parce que j’avais acheté une supérette… Parce que c’est un budget ! Ça peut être un budget énorme. Je mangeais une moitié de cassoulet, une moitié de choucroute, j’allais me faire vomir. Puis je refaisais pareil. J’allais me refaire vomir… J’étais super organisée dans mon histoire. J’enlevai rapidement tous les emballages, puis je mangeais. C’était vraiment extrêmement compulsif, il fallait que ça aille vite, il fallait que ça fasse mal en avalant pour me sentir vivante. Il fallait que ça remplisse un vide, que ça ne remplissait que temporairement…

Forcément, puisqu’après arrive toute la culpabilité, la honte… J’ai eu une période où je ne me faisais pas vomir, une période où je me faisais vomir, après j’ai re-eu une période où je ne me faisais pas vomir, et après j’ai eu une période plutôt de grignotages sans crises. Et après ça s’est arrêté. Par contre j’ai gardé encore parfois des petits grignotages la nuit. Ça peut encore m’arriver en période de stress, de me lever puis de manger une ou deux cuillères de nutella, c’est OK ! C’est comme ça, ça fait partie de mon histoire.

Bio-EVE : A quoi dois-tu ton premier déclic ? Ta première prise de conscience ?

Sylvie BULOT : Une lecture dans un magasine chez le dentiste ! Parce que forcément quand on se fait vomir on abîme les dents. Donc j’étais beaucoup chez le dentiste. Je suis tombée sur une fille qui racontait son histoire. A l’époque c’était dans les premières, dans les années 90. Et là je me suis dis « ben t’es pas toute seule à avoir ça » ! Quelque part tu relativises et puis tu te dis « ben je suis pas folle » ! Parce que va parler de ça à quelqu’un ! J’ai essayé de le cacher à mon mari ! Enfin tu vois, tu te caches quoi, tu fais ça en cachette. Tu deviens un vrai ninja pour le coup !

Bio-EVE : Penses-tu que ce sentiment de solitude, d’être seul(e) dans cette situation, existe toujours malgré les médias qui en parlent plus qu’avant ?

Sylvie BULOT : Des fois, je dis aux filles, mais rendez-vous compte de la chance que vous avez d’avoir 20 ans et d’être boulimiques en 2020 ! Alors elles me regardent avec des gros yeux et je leur dis « oui, parce que moi à mon époque on en parlait pas du tout ».  Moi ma belle-mère, je l’ai compris après, elle est décédée à cause de ça. Et elle a jamais vu personne. Elle est décédée à 74 ans et elle a souffert de ça toute sa vie… Donc on n’en parlait pas, on vivait seul(e) avec son trouble… Malgré tout au niveau de la cellule familiale, elles se sentent toujours seules parce que c’est tellement honteux !

J’ai beaucoup de filles qui viennent me voir en disant : « mais vous vous rendez compte ? Il y a des gens qui meurent de faim et moi je bouffe et je me fais vomir ». Il y a toute cette honte, et après il y a aussi la culpabilité par rapport à soi, c’est terrible en fait. Et puis il faut comprendre que l’être humain, notre « égo », estime qu’il est seul, quoi qu’il en soit. Donc même si on prend conscience qu’il y a d’autres personnes, tant qu’on n’a pas vraiment rencontré quelqu’un qui est à l’écoute et nous fait du feed-back, on se sent quand même seul(e).

Bio-EVE : Que dire pour les aider à alléger ce sentiment de honte ?

Sylvie BULOT : Déjà, qu’elles comprennent, que les compulsions sont le symptôme. Il va falloir, dans un premier temps, accepter. Et ça c’est le plus dur des plus durs… Accepter qu’à ce moment-là, de toute manière, elles ne savent pas faire autrement ! Elles ne sont pas capables de faire autrement. C’est une survie ! Donc dans un premier temps on ne parle pas de cette honte. On vient parler de ce qu’elles ont à l’intérieur. Essayer de se reconnecter déjà parce que souvent les filles se sentent dissociées. Le mental et le corps sont vraiment deux choses différentes. Donc on vient travailler sur les sensations, sur ce qu’on a envie…

Il faut vraiment se reconnecter… J’aime bien dire « à son enfant intérieur ». C’est avant 7 ans qu’on commence à nous mettre tout un tas d’idées dans la tête: fais pas ci, fais pas ça… Les relations avec la maman aussi, parce que c’est un peu transgénérationnel tout ça, même s’il ne faut pas en vouloir à sa maman, parce qu’elle a fait de son mieux. Il y a une notion de pardon… Il y a vraiment beaucoup de choses à travailler. Et au final c’est un peu un cercle vertueux. On apprend à s’aimer, du coup on n’a plus besoin de se remplir et on avance comme ça !

Bio-EVE : D’après toi, qu’est-ce qui peut déclencher des troubles alimentaires ?

Sylvie BULOT : Il faut savoir que la boulimique, anorexique, hyperphagique… A manqué de reconnaissance. N’a pas eu le tuteur émotionnel nécessaire pour s’appuyer dessus. C’est-à-dire que même si les parents étaient là, il se peut que le parent… C’est plus souvent la maman… Mais donc la maman n’était pas assez, entre guillemet, forte émotionnellement pour aider l’enfant à grandir. La deuxième chose c’est le fantasme de l’enfant. C’est-à-dire que l’enfant va voir, entendre, sentir des choses, et qu’il va lui-même venir les entretenir… Du coup, est-ce qu’il faut vraiment chercher le pourquoi du comment ? On peut passer une vie à faire ça et je ne pense pas que ce soit vraiment la solution. Encore une fois on est dans l’acceptation du fait qu’on a une histoire.

Bio-EVE : Qu’est-ce que t’ont apporté les neurosciences ?

Sylvie BULOT : J’ai compris le fonctionnement du cerveau. En fait le cerveau, il est plastique. On appelle ça la plasticité cérébrale. Et tu as le pouvoir dessus. Clairement c’est toi qui a le pouvoir dessus. Ça m’a permis de comprendre que, comme j’avais le pouvoir sur moi, ben il n’y avait « plus qu’à » en fait ! J’ai passé trois mois en pleine conscience. Où j’avais mis un timer toutes les 20 minutes : je m’arrêtais et je me demandais à quoi j’étais en train de penser. Et je me rendais compte que je pensais de la merde ! Quasiment à chaque fois !

Et donc j’ai repris le pouvoir sur mon cerveau. A chaque fois que je me rendais compte que je ne pensais pas bien, je reformulais en positif. Pendant 3 mois je me suis forcée à faire ça… J’étais épuisée ! Et après j’ai pris les habitudes ! C’est de moi que vient le changement. Gandhi disait « sois le changement que tu veux voir dans le monde » ! Et quand j’arrive à avoir des nanas qui me disent après une ou deux séances : « ah j’ai compris que c’était moi, en fait, que c’était pas de la faute des autres », là je me dis ça y est, j’ai gagné !

Bio-EVE : Quels sont tes projets à court terme ?

Sylvie BULOT : Je vais passer à la radio sur Paris. J’attends qu’on me recontacte. C’est une radio pas hyper connue mais où sont passés des gens connus déjà, notamment en neurosciences. Dont mon grand maître en neurosciences : David Lefrançois ! Et je suis en train de travailler sur un spectacle également, je passe à la nouvelle scène, c’est un bateau-mouche, le 25 avril. Je ne suis pas seule, on sera 9, mais ça va être une intervention de 11 minutes où on va être puissamment vulnérables ! Donc je ne sais pas trop !

Pour moi, ce qui est important, c’est d’arriver à faire comprendre aux femmes… Parce que c’est plus aux femmes que je veux m’adresser mais après les hommes peuvent venir aussi, il n’y a pas de soucis… Que c’est elles qui ont le pouvoir et, plus que ça, la responsabilité à un moment de venir couper ce transgénérationnel. Ce que j’ai fais ! Pour moi c’est un psychiatre qui m’a dit « c’est toi qui a la responsabilité par rapport à tes enfants ». Et donc qu’elles comprennent ça.

Bio-EVE : Et à long terme ?

Sylvie BULOT :  Il y a un objectif principal pour moi qui était de monter mes écoles. Deux styles d’école. Je vois vraiment un accompagnement avec les filles en troubles alimentaires, où elles peuvent vraiment bosser ensemble. Parce qu’il faut vraiment qu’elles aillent chercher dans l’émotionnel et qu’elles se confrontent aux autres à un moment. Et après former des gens à ma méthode. Donc ça, ce sera à mon avis dans 5 à 10 ans. Ça demande des fonds.

En attendant, j’ai des groupes en ligne. Je suis coach aussi avec Mylène Muller, j’interviens aussi avec la SMENO, j’interviens dans des IME, j’interviens dans des collèges… Ce sont des interventions ponctuelles où j’amène ma bonne parole du mieux que je peux. Et aujourd’hui, je propose à 3 femmes par mois, pas plus parce que ça demande énormément d’énergie pour moi, un accompagnement de 10 heures où on switch tout ! Et après je les reprend deux heures en ligne pour venir ranger tout ça. Donc quelque chose de très puissant, des accompagnements sur une journée !

Bio-EVE : Sur un registre plus léger, voilà la question à 1 euro ! Suite à une pluie de météorite qui ravage le globe, tu te retrouves présidente tu monde. Quelle serait ta première mesure ?

Sylvie BULOT :  La première chose qui me vient c’est connecter. Connecter les gens entre eux ! Après je ne sais pas comment. Faire en sorte que, suite à cet impact physique et psychologique, les gens se rapprochent. Parce que de toute manière on est des animaux sociaux. Et il y a une phrase qui dit « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »…

Bio-EVE : Le lien, la connexion est donc une valeur importante pour toi ?

Sylvie BULOT : La boulimique ne sait pas connecter ! Elle a beaucoup de mal à connecter avec les autres parce qu’elle est tellement mal avec elle-même… Donc c’est une grande victoire pour moi de savoir connecter aujourd’hui. Et de comprendre surtout la valeur et la puissance de la connexion !


>> Cette interview a été réalisée bien avant le confinement. Certains projets ont donc du être différés… Mais en attendant, vous pouvez retrouver Sylvie Bulot sur sa page Youtube !

2 Comments
  • joelle
    Posted at 09:09h, 31 août Répondre

    Je découvre le blog et les posts. Très intéressant Sylvie est ma coach CAP et cet échange m’a permis d’aller à la rencontre de son travail. super et merci à toutes les 2.

    • Sylvie Cortes
      Posted at 16:24h, 01 septembre Répondre

      Sylvie Bulot est vraiment une coach et une personne en or. 🙂
      Merci beaucoup pour ton message.

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